RunCoders est une communauté qui regroupe les développeurs de l’île de la Réunion. Notre but ? Partager et échanger autour de notre passionnant métier, mais aussi apprendre à nous connaître les uns les autres. Pour ce faire, rien de mieux qu’une présentation !

J’ai entrepris d’interviewer les RunCoders, en commençant par ceux que je connais, pour permettre aux autres membres de les découvrir. A terme, j’espère faire le tour de tous les développeurs présents sur l’île. Voici donc la première de cette série d’interviews, celle de Jean-François Magnier.

J’ai fait sa rencontre au détour d’une mission pour le moins originale, puisqu’il s’agissait de le remplacer pendant qu’il partirait en vacances ! J’ai été marquée par la confiance qu’il m’a accordée et la technicité qu’il m’a aidée à acquérir. Depuis, il est devenu un partenaire avec qui j’aime particulièrement échanger des bonnes idées. Sans plus tarder, je lui laisse la parole.

Jef Magnier

UN DÉVELOPPEUR QUI A LA BANANE

Qui es-tu ?

Je m’appelle Jean-François, mais tout le monde m’appelle Jef. Je suis à la Réunion depuis un peu plus de 10 ans … et je suis un informaticien au sens large. Maintenant, je suis aussi chef d’entreprise.

Que fais-tu ?

J’ai une activité de conseil en développement web logiciel et mobile. J’encadre aussi des projets.

Imaginons que j’ai 5 ans, comment me décrirais-tu ton travail ?

Oulaaaaaah ! J’ai des enfants, alors je vais répondre déjà ça : je ne fais pas de jeux vidéos. Si tu as 5 ans, je casse le rêve !  Simplement, tu vois ce que c’est un ordinateur ? Mon boulot c’est de créer un outil, quelque chose que tu peux utiliser sur l’ordinateur et que quelqu’un m’a demandé de faire.

Comment se passe une journée de travail pour toi ?

Aucune ne ressemble à l’autre. Je n’ai pas vraiment d’horaires particuliers mais statistiquement dans la journée, la programmation occupe au moins 5 heures de travail. Il m’est arrivé de faire jusqu’à 10 heures de programmation pure … ce qui est plutôt épuisant. Pour le reste du temps, comme ça nous arrive de travailler à plusieurs, il faut du temps pour gérer les relations clients et les partenaires. Je consacre aussi de moins en moins de temps à la veille techno et à mon auto-formation, à mon plus grand regret. Mais je prends le temps dès que je peux d’aller vers des technos qui m’intéressent.

Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir ce métier : développeur ?

Il faut savoir que j’étais totalement réfractaire à l’utilisation d’un ordinateur il y a quelques années . Je suis passé par la case informatique industrielle.  J’ai fait un BTS en Régulation Automatique. Dans ce BTS, tu as 2 options :

  • Soit tu travailles sur l’instrumentalisation : des sondes, des pompes, des vannes,des éléments qui composent un équipement industriel. Ca va de la création à la maintenance.
  • Soit tu travailles pour du process industriel informatique : tu travailles avec des automates programmables. Il s’agit alors de créer le cerveau qui pilote l’installation.

J’ai eu l’occasion de faire une formation professionnelle là-dedans, et je pensais me diriger vers la branche “instrumentalisation”. Mais voilà, le premier jour en entreprise, on m’a dit : “Voilà un ordinateur : tu vas réaliser le programme de cette machine.” Je ne savais pas brancher l’ordinateur. J’ai mis deux heures à démarrer. Je ne savais pas s’il fallait brancher la souris avant le clavier… Donc j’ai vraiment commencé de zéro.

J’ai bossé 2 ou 3 dans l’informatique industrielle dans la région Lyonnaise avec des gens super sympas, à l’époque où internet n’existait pas vraiment. Il fallait se débrouiller par ses propres moyens… J’aurais pu avoir un avenir là-dedans mais au final faire des programmes pour l’industrie, la chimie … ce n’était pas très sexy et je n’avais pas l’impression de faire des choses dans un secteur super.

A la même époque, j’avais ma petite amie à Montpellier dans une ville sympa. J’ai eu envie de reprendre mes études à la fac là bas et d’y faire un cursus info pure. J’y ai donc fait un IUP mathématiques-informatique. L’informatique me plaisait vraiment bien et j’avais envie de faire une formation qui m’ouvre plein de possibilités dans ce domaine.

En résumé, voilà comment je suis arrivé dans ce métier, et j’y ai persévéré.

Ca n’a pas été facile, donc ?

Non, parce que j’étais perdu quand je suis arrivé à la fac, la première année surtout. Tous les autres sortaient de DEUG de Maths, donc les premiers cours en amphi… c’était vraiment dur.

Est-ce qu’il y a une personnalité ou une entreprise qui t’inspire en particulier ? Ou qui t’a inspiré ?

Linus Torvald ! C’est un OVNI pour moi. Il a fait une contribution énorme à l’informatique telle qu’elle est façonnée aujourd’hui. Je parle de Linux, ou des gestionnaires de versions qu’on utilise quotidiennement. C’est une trace marquante laissée, et je me demande ce que ça va donner lorsque ce genre de personnes ne sera plus là.

Quelles sont tes technologies de prédilection ?

A l’heure actuelle, je bosse beaucoup avec PHP et le framework Laravel. De fait, avec l’expérience, ça devient ma technologie de prédilection dès qu’il y a un projet Back-End, bien que j’aime bien Symfony aussi. Après, pour le reste, je n’ai pas vraiment de chapelle. Comme j’ai une activité de prestation, j’ai obligation d’arriver à un résultat pertinent assez rapidement, ce que Laravel et son écosystème permet de faire. Mais j’ai bien sûr envie de tester un tas d’autres choses, que je me permets de mettre en oeuvre sur des projets personnels, mais pas pour les commandes clients.

Quels aspects de ton métier apprécies-tu le plus ?

(Réfléchit) Humm j’aime bien 2 choses :

  • Apporter des solutions à des problèmes : la satisfaction d’appuyer sur le bouton et que ça marche au final ! Cette satisfaction qu’on donne au client, c’est vraiment quelque chose qui me plaît.
  • le fait qu’on n’arrête jamais d’apprendre : le domaine évolue constamment. C’est génial d’apprendre tout au long de sa vie ! Ne serait-ce que pour couvrir tous les domaines technologiques et les mathématiques / l’algorithmique … il y en a pour toute une vie.

Quelles méthodes de gestion de projet utilises-tu ?

J’utilise une méthodologie proche des méthodes agiles, mais je ne le revendique et vend pas comme tel. Par contre, dans ma gestion de projet en interne, lorsque j’arrive à bien définir le périmètre, j’avance en mode agile. J’utilise beaucoup les tableaux Kanban. J’essaye de formaliser avec cet outil a minima. Quand les projets sont plus conséquent, je vais vers des user stories, du story mapping, des releases …

Tu te rapproches donc un peu du framework SCRUM ?

Oui, mais sans l’appliquer totalement. Je m’adapte puisque bien souvent l’équipe est très réduite. Je suis à la fois Product Owner, Scrum Master, Développeur … On peut résumer en disant que j’essaie d’avoir simplement une approche pragmatique !

As-tu des livres ou d’autres ressources à recommander ?

Pragmatic developper. Je ne lis pas spécialement les livres informatiques en profondeur mais celui-là permet de mettre en place des choses simples et concrètes qui permettent de s’améliorer en tant que développeur. Après, je lis pas mal d’articles de blog sur la productivité. J’ai un repository github dans lequel j’ai commencé à regrouper des liens qui ressemblent à la philosophie Jef Digital.

Si ton parcours était une oeuvre …

(Rires ! ) Une oeuvre ?? Je sais pas … Un truc de punk. Je dirai … une chanson des Clash. Dans le sens où je n’ai pas eu de parcours bien tracé, c’était plus un concours de circonstances. C’est pour ça que je vois une analogie avec le spontané et l’improvisation. Maintenant, avec mon “grand âge” et l’expérience, j’essaye d’être plus proactif là-dessus et de driver ce vers quoi je voudrais aller.

Le projet dont tu es le plus fier ?

C’est dur à dire mais j’ai pris beaucoup de plaisir à faire une application mobile lorsque j’étais salarié auparavent. J’ai fait l’application iPhone d’un groupe de rap qui s’appelle Hocus Pocus, et dans laquelle j’ai fait une boîte à rythme sur le téléphone. C’était assez fun parce que j’adorais ce groupe, et on a bossé avec eux. Le résultat était top : c’était un aboutissement très sympa.

En fait, je suis content quand la collaboration avec d’autres corps de métier fonctionne super bien. Le dernier site que j’ai fait avec kwafilms.com, je le trouve top parce que le contenu et la finalité sont sympa. Tout le design, le parcours est vraiment chouette et ça met un peu en l’air la Réunion.

Si tu pouvais changer quelque chose à ton parcours, ce serait quoi ?

Faire un raccourci de 10 ans sur l’entrepreneuriat, enfin j’aurais dû m’y être mis un peu plus tôt. Peut-être que dans 5 ans je voudrais reprendre un poste dans une entreprise mais aujourd’hui j’ai une liberté d’action, de choix des technos. C’est des responsabilités aussi mais il y a tout un champ des possibles qui est ouvert.

Comment fais-tu pour concilier ta vie d’homme et ton travail ?

J’ai une famille formidable, et une femme formidable. Mine de rien, je passe beaucoup de temps à travailler et j’ai quelqu’un qui me soutient à 200 % et qui assure à 300 % tout le reste. Sans ça, ça ne serait pas possible.

Quelles difficultés rencontres-tu au quotidien ?

J’ai de moins en moins de problèmes techniques … ce qui est plutôt cool. J’arrive de mieux en mieux à les anticiper. Ma difficulté c’est d’arriver à dire non parfois, et d’arriver à maîtriser cette garce qu’est le temps.

Imaginons que tu puisses changer quelque chose à ton travail, ce serait quoi ?

J’aimerais développer ma société avec des personnes avec qui je m’entends bien. J’aimerais bien qu’il y ait un fleuron du développement à la Réunion. Je ne suis pas un geek, mais je suis passionné par mon métier – par jusqu’où on peut aller dans le dev. Du coup, j’aimerais créer une structure dans laquelle il y aurait un épanouissement technique professionnel, ça me botterait !
J’aimerais faire uniquement du dev plaisir, mais c’est quasi mission impossible dans le domaine du service.

Le moment le plus embarrassant que tu aies vécu professionnellement ?

C’est plutôt une famille de moments embarrassant : Les fois où j’ai du défendre des choix et des décisions qui n’étaient pas de mon ressort. Je déteste ça : cette espèce de malhonnêteté intellectuelle.

Imaginons que l’Internet n’existait pas, quel métier exercerais-tu aujourd’hui ?

J’aimerais bien être jardinier … je sais pas pourquoi. Ébéniste sinon ? Je suis sûr que d’autres vont répondre j’aimerais bien inventer internet.

Dis moi quelque chose que je ne sais pas sur toi, est-ce que tu as un talent caché ?

Joker !

As-tu une devise ? un motto ? un leitmotiv ? une philosophie ?

Même pas ! J’aime bien un truc que j’ai mis sur mon site web : ” Sans expérience humaine réussie, pas de projet informatique réussi”. Ca me tient à coeur ça, et ça me paraît essentiel. Souvent quand les projets échouent ou se passent difficilement, c’est que l’humain a été trop négligé.

C’est déjà la fin de cette première interview. Pour en apprendre plus sur notre collaboration, vous pouvez voir le compte-rendu de la mission de développement que j’ai réalisée pour Jef . La prochaine suivra bientôt (quelques jours ! ). Vous pouvez essayer de deviner le nom du prochain interviewé en commentaire… ou nommer quelqu’un dont vous aimeriez avoir l’interview.